25/03/2020

Entretien avec Dan Djorno

Le Groupe DFM n'a laissé que ses équipes de support dans l'IT et les télécoms en activité, en télétravail. L'entreprise également très présente sur le marché de la bureautique bénéficie du soutien des banques pour limiter les effets du confinement. De l'avis de Dan Djorno, son dirigeant, les clients mettront plusieurs mois après la fin du confinement pour reprendre leurs investissements.

Distributique : Comment les équipes de DFM ont-elles été organisées pendant cette période de confinement ?

Dan Djorno : Comme beaucoup d'entreprises, nous avons fermé nos locaux. Seule une personne s'y rend, une demi-journée une fois par semaine, pour assurer les envois de consommables à nos clients. L'équipe commerciale dans son ensemble a été placée en chômage partiel. De la même façon, nous avons cessé toutes les interventions de nos techniciens sur site, hormis pour quelques clients du secteur de l'alimentation et de la santé. Nous avons peut-être réalisé deux interventions en dix jours. En revanche, les techniciens du support informatique et télécom à distance sont toujours en activité, en télétravail. La charge de travail a nettement baissé pour eux en cette seconde semaine de confinement.

Distributique : La semaine précédente a été particulièrement intense pour cette équipe ?

Dan Djorno : Oui, dans les jours qui ont précédé l'annonce du confinement, nous avons doublé les effectifs de la hotline en faisant appel à d'autres collaborateurs de l'entreprise. Les clients n'étaient pas préparés à placer massivement leurs salariés en télétravail. Nous avons donc oeuvré dans l'urgence pour mettre à leur disposition des outils de travail à distance, en procédant par exemple au déploiement de serveurs TSE, au paramétrage de leurs pares-feux ou encore à la mise en place de softphones. Seuls 10% des entreprises que nous servons disposent d'un lien dédié sur fibre. Le reste exploite des liens mutualisées ou de simples lignes DSL. Même équipées de cette façon, elles peuvent poursuivre leur activité mais sur un mode dégradé. Après la sortie de crise, je pense que beaucoup d'entreprises auront conscience qu'elles doivent changer les choses.

Distributique : Quel avis portez-vous sur le paquet de mesures de soutien aux entreprises mis en oeuvre par le gouvernement ?

Dan Djorno : Globalement, je pense que sont de bonnes mesures. Mon seul bémol est que les choses sont encore un peu floues sur les dispositions liées au chômage partiel. Il est difficile d'accéder aux sites de la DIRECCTE. De fait, même s'il nous semble évident que nous répondons à tous les critères pour en bénéficier, nous ne savons pas encore si cela nous est officiellement accordé. Nous avgons pourtant fait les premières demandes il y a quinze jours. Les banques aussi sont dans un rôle d'accompagnement. Toutes celles avec qui nous travaillons nous ont contacté pour nous proposer des reports de mensualités. Pour une entreprise telle que la notre qui a fait beaucoup de croissance externe et donc levé de la dette, c'est une aide non négligeable. La Bpi nous a proposé son aide elle aussi. Avec les mesures du gouvernement, le soutient de nos partenaires financiers et la solidité de notre activité, je pense que DFM passera l'orage. Mais les entreprises plus petites ne bénéficient pas forcément du même accompagnement.

Distributique : Avez-vous déjà constaté des défaut de paiements de la part de vos clients ?

Dan Djorno : DFM a 10 000 contrats en portefeuille. Pour le moment, seuls une vingtaine de clients nous ont demandé des reports d'échéances. Néanmoins, il se peut que début avril nous nous apercevions que des clients ont annulé les autorisations de prélèvement ou que d'autres soient devenu insolvables. Cela ne serait pas une bonne nouvelle mais notre modèle d'affaires limiterait l'impact de ces défaut de paiement. Dans la bureautique, nos clients financent leurs achats de copieurs par le biais de contrat de leasing. Ce que nous leur facturons tous les mois, ce sont nos services de maintenance et d'assistance. Dès lors, si un client cesse de nous payer, nous pouvons arrêter de fournir nos prestations pour ne pas courir le risque d'un nouvel impayé.

Distributique : Avez-vous déjà mesuré l'impact du confinement sur l'activité de DFM ?

Dan Djorno : En 2019, nous avons réalisé 38 M€ de chiffre d'affaires, soit une croissance de 15%. Avant le confinement, nous étions sur une tendance de hausse d'activité de 10% à fin mars. Il est évident que nous allons devoir réviser nos objectifs. Nous serions satisfaits si nous parvenions à maintenir le même niveau de chiffre d'affaires annuel qu'en 2019. Pour le moment, il est difficile de faire des prévisions. Nous nous projetons sur un scénario de reprise en septembre. Même si le confinement se terminait en mai, il est peu probable que les entreprises reprennent leurs investissements dans la foulée.

Distributique : Comment DFM envisage-t-il ce redémarrage pour sa propre activité ?

Dan Djorno : En premier lieu avec l'ensemble de nos équipes. Notre objectif est zéro licenciement. Nous aurons besoin de collaborateurs mobilisés et je sais que ce sera le cas, étant donné qu'ils sont déjà dans cet état d'esprit. Différents leviers vont s'offrir à nous pour générer de la croissance. D'une part, gagner encore davantage de nouveaux clients, notamment parce que certains d'entre eux auront peut-être dû cesser leurs activité. Nous devrons également proposer plus d'offres adaptées au travail à distance. Il y a fort à parier que les clients seront très à l'écoute. Enfin, la croissance externe reste un des biais par lequel nous pourrons potentiellement continuer de développer notre activité.

Par Fabrice Alessi

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